Nocturne en Vendémiaire
Nuit, tu es douce,
Tu coules en ondes fraîches sur mes épaules,
Je m'immerge corps et âme
Dans tes vagues d'opaline.
Le jardin est paisible,
A peine bercé en rythme fluide
Par la drôle de musique de l'arrosage automatique.
Je me suis calée sur la terrasse
Equipée de deux instruments indispensables:
Une paire de lunettes rouges super classe
Et un somptueux bic noir,
Malicieusement efficace.
Je me tiens immobile, silencieuse,
Face au grand théatre des étoiles...
Là, en miroitement léger,
Se joue l'essentiel.
Nuit, tu es pour moi précieux présent,
Emouvant message d'amour
De cet octobre exceptionnel
Rouge saison des vendanges du coeur.
Je perçois, un peu en retrait,
Le bruissement cathodique de milliers d'écrans
Braqués sur France-Angleterre.
L'enjeu est de taille, je le conçois
Mais je n'écoute rien
Que toi, la nuit,
Et les secrets inédits que tu me confies.
Autour de moi, Végas se pavane,
Dans sa belle fourrure grise,
Espérant vaguement une caresse.
Puis elle s'en va, fière et discrète,
Elégante à pas de velours.
"Dans ma cervelle se promène..."
Comme disait un ami poète,
Dans ma cervelle se promènent,
Très activement se bousculent
La foule infinie de mes attentes face à la vie.
S'exprimeront-elles au bout d'une plume,
Jailliront-elles à fleur de clavier azerty?
Je ne sais!
Pour moi, et comme à mon insu,
S'ouvre une nouvelle lune
Qui pourrait augurer d'une rupture
Entre l'écriture et la vie.
Ou alors une conciliation?
Restent en suspens ces questions,
Comme un point d'interrogation
Accroché à la voie lactée.
Je prends mon temps,
Je savoure l'instant:
A l'indigo de tes bras de nuit,
Ingénument je me blottis,
Je moissonne chacune
De tes perles de lune,
De tes clignements d'étoiles.
C'est très simple,
Bleu comme une évidence:
Je t'aime, la nuit,
Ce n'est pas d'aujourd'hui,
Mais...
J'ai passé trop de temps,
Face à de faux problèmes,
Trop de temps loin de toi,
Triste, sans te contempler.
Tu m'as manqué, la nuit!
Je te retrouve, obscure amie,
En sourires complices
Et éclats argentés.
Je reste là à savourer
Ce bel instant inespéré.
Où tu ruisselles en ondes claires
Au plus intime de mon coeur.
Bettina - Le 13 octobre 2007
