Cicada solaris
Dans une flaque de soleil, une cigale se dore les ailes,
jouant espièglement de ses cymbales claires.
Crissante mélodie, stridulante symphonie,
son hymne d'allégresse à l'été triomphal
s'élève, se mêle aux parfums d'asphodèle.
Au coeur incandescent de cette fournaise estivale,
je me tiens en attente...
aspirant profondément à me désenvoûter de poésie.
La sensation de ne vivre, de ne respirer désormais
que par elle et pour elle me devient accablante!
Son charme insidieux malmène ma raison,
ma vitalité et même mes sentiments...
... tout ce qui en moi bouge et vit.
Son charme irrésistible... je le voudrais plus diffus...
Je me laisse baigner, diluer, absorber, noyer
dans l'excessive ardeur du soleil.
De ses rayons purificateurs,
il consume les miasmes de mon esprit ensorcellé,
exténué, malade, enfiévré de cette sorte de folie
indispensable à la poésie mais qui parfois me submerge.
En généreuses coulées d'or fin,
il régénère mon énergie créatrice.
Je me tiens là sous ses rayons pour cette intime catharsis,
ce mystérieux rituel saisonnier dont je renais.
Cette cigale aux fines ailes irisées
de mille goutelettes de lumière,
cette chanteuse innocemment craquetante,
cette joyeuse cymbaliste en robe d'été,
cette provençale au télescopique regard de rubis,
cette cicada solaris... je lui ressemble.
Comme elle, je m'apprête à changer d'enveloppe,
prémiditant ma nouvelle mue dans une flaque de soleil.
Bettina - Juin 2006
J'ai pris quelques libertés "poétiques", en réalité, les mues de cigales se passent sous terre. La mienne a choisi de muer en plein soleil, allez donc savoir pourquoi!
"Lou souleù mi fa canta", telle est la devise de la cigale ( latin cicada) provençale. Au XIIIème siècle, les troubadours portaient comme insigne corporatif une cigale séchée sur leur chapeau.